Le baby blues concerne près de la moitié des femmes venant d’accoucher. Il survient le plus souvent entre le 3e et le 6e jour après la naissance. La dépression post-partum se distingue du baby blues. Le baby blues disparaît en quelques jours alors que la dépression post-partum s’installe. Les symptômes sont plus marqués : la maman se sent triste, découragée, anxieuse, elle n’a plus le goût de s’occuper des tâches quotidiennes, parfois même, elle n’arrive pas à s’intéresser à son bébé. Ces signes sont ceux d’une dépression qui ne disparaîtra pas toute seule… Cette dépression concerne 10 à 20 % des femmes.

La dépression post-partum est une pathologie encore trop souvent taboue. Il est pourtant important d’être préparé à toutes les éventualités. C’est pourquoi aujourd’hui, je vous partage le témoignage d’Amélie, maman depuis presque 2 ans, qui a vécu une dépression post-partum.

1) Présentation

« Bonjour , je m’appelle Amélie , j’ai 29 ans.
Je suis actuellement chargée de développement grands comptes dans un centre de Formation. Je suis très sportive , je pratique en club le rugby , je suis la capitaine de mon équipe et je fais également depuis plus de 3 ans du CrossFit.
Je suis pacsée et j’ai un petit bout de bientôt 2 ans. »

2) Déroulement de ta grossesse

« Ma grossesse s’est déroulée à merveille.
J’ai travaillé jusqu’au bout , je fais 6 à 7 heures de voiture par jour
J’ai pratiqué le CrossFit jusqu’à 7 mois et demi et je nageais 2 kms 7 jours avant l’accouchement
J’ai pris à terme 15 kilos et tout s’est très bien passé de l’annonce de la grosse jusqu’à l’accouchement le jour du terme par voie naturelle
Malgré tous mes mouvements et mon hyper activité , nous avons dû me percer la poche des eaux , il était très bien au chaud apparemment »

3) Quand a commencé « l’effondrement »?

« Je n’ai pas de date précise, car je ne savais pas exactement mettre des mots sur ce qui m’arrivait.
Très rapidement après l’accouchement j’ai eu peur que mon petit bout meure brutalement et ensuite lorsque j’ai pris conscience que j’étais responsable de quelqu’un d’autre que moi j’ai eu peur de mourir, tous les jours, toutes les secondes et dès que j’avais une sensation bizarre dans le corps.
C’est là que commence le calvaire
Je focalisais sur la peur de mourir et de le laisser seul s’il m’arrivait quelque chose ( même s’il a un papa génial ) »

4) À quoi ressemblait une journée type pendant ta dépression post-partum ?

« Les sensations et les journées étaient très variables.
Je partais tous les matins avec la sensation qu’il fallait que je sers fort mon fils dans les bras , que je pourrais ne pas revenir …
Il m’arrivait fréquemment alors que je suis pleine de vie et très souriante et avenante de de voir du monde , je suis commerciale c’était très compliqué.
Je m’enfermais seule dans un calvaire dont j’étais consciente, mais que je ne contrôlais pas.
Car si vous pensez que l’on est plus fort que notre cerveau dans cette situation , c’est faux.
Le corps et l’esprit sont capables du meilleur comme du pire. »

5) Prise de conscience & sentiment

« J’ai pris conscience qu’il fallait que je réagisse fort , quand mon petit m’a regardé en me disant pleure pas maman et m’a serré fort dans ses bras…
Ce n’était pour moi plus possible de vivre cela devant lui
J’avais honte tu ne t’imagines pas à quel point 
Honte de devoir dire que finalement je n’étais pas forte , de devoir dire que j’avais peur , que je n’étais plus capable seule et qu’il me fallait de l’aide … »

6) Dans certains témoignages, j’ai pu lire que certaines mamans avaient honte d’avouer leur dépression à leur entourage… Es-tu passée par là ?

« Oui je l’ai évoqué au-dessus
J’avais honte de moi , honte de cette situation
On a une image de la maman , des mamans qui nous entourent ou on a l’impression que si on fait un faux pas on sera imparfaite …
J’avais un sentiment d’avoir échoué dans mon rôle de mère , je n’arrivais pas alors que tout me le permettait d’être heureuse
J’avais honte, car autour de moi des amies proches n’arrivent pas à avoir des enfants et moi je n’arrivais pas à être heureuse et pas angoissée de la vie sublime que j’avais.
C’est une sensation horrible »

7) On évoque surtout la mère lorsqu’on évoque le mal-être de l’après-accouchement… Comment a réagi le papa ? A-t-il été chamboulé par l’arrivée de votre bébé? Penses-tu qu’un homme puisse également connaître ce passage à vide ?

« Mon conjoint a essayé de m’aider et a vite été dépassé par l’ampleur de mes crises ce que je comprends
C’était affreux pour moi, mais pour lui aussi, je me fermais , me braquait , j’étais incapable d’aller quelque part ou alors quand j’y étais et je me forçais à y aller , c’était pour moi atroce.
Nous avons été tous deux chamboulés , un bébé cela change la vie tant sur le plan affectif , sentimentale , relationnel …
Je pense que les hommes peuvent ressentir cela en effet, mais à mon avais à des degrés moindres ou en tous cas différents »

8) Penses-tu que certaines femmes soient plus sujettes que d’autres à la dépression post-partum ?

« Non , non et non.
Cela te tombe dessus sans que tu ne saches pourquoi toi , pourquoi autant , pourquoi à ce moment la de ta vie
Je me pensais forte et à l’abri de cela
Je suis une fille stable et pas sujette à la dépression et pourtant j’ai été projeté en plein dedans et je pense que c’est cela le plus difficile , c’est de Se dire que cela peut t’arriver même à toi Amélie Forte et jeune Maman.
Bref que cela n’arrive pas qu’aux autres »

9) À quel moment as-tu décidé de réagir ?

« J’ai décidé de réagir quand je ne me suis vraiment plus reconnue.
Au début tu te caches derrière ton mal être , derrière ton enfant , des obligations …
Et puis la vie mine de rien reprend son cours et la tu n’es plus prête à l’affronter.
Je suis partie un matin au travail et sur la route j’ai du faire demi-tour , je suffoquais , j’étais incapable de rester dans ma voiture avec les fenêtres fermés et la j’ai décidé dans un élan de lucidité sans doute que ce n’était plus tolérable , pour moi , pour ma vie, mais aussi pour mon entourage. »

10) Prise en charge, accompagnement et aide

« J’ai tout d’abord été voir un psychiatre , pour en parler avec lui voir si j’étais NORMALE
Il m’a rassuré j’étais normale et je ne devenais pas folle , mais malgré les séances je n’arrivais pas à aller mieux.
J’avais tout pour être heureuse et je pleurer tous les jours que la vie me donnait.
J’étais contre la prise de cachet , de traitements.
J’ai ensuite fait de l’hypnose couplée avec de l’EMDR ( technique par les mouvements oculaires ) , j’allais un peu mieux, mais beaucoup de jours encore noirs.
J’ai beaucoup pleuré ( je ne pensais pas que c’était possible de pleurer autant chaque jour ) , j’ai appelé mon médecin et je lui ai demandé un traitement , un béquille pour m’aider à passer le cap , a aller mieux.
Après deux mois de traitement , j’ai fait quelques séances de Shiatsu.
J’allais un peu mieux.
Mais ce qui m’a sauvé la vie c’est la RESPIRATION ET LA MÉDITATION.
Ne serait-ce que de prendre 10 minutes pour cela chaque soir … m’a aidé à redevenir moi »

11) Comment ça va aujourd’hui ?

« Aujourd’hui j’ai repris une vie comme avant ( avec un enfant ) , je vais bien.
Lorsque je suis fatiguée ce n’est pas facile , mais je le sais c’est en moi et je dois vivre avec , un jour cela finira par passer complètement.
Mais la peur sera toujours présente , il paraît que c’est ça d’être Maman , a des degrés différents pour chacune de nous et avec nos vécues. »

12) Qu’est-ce qui t’a donné envie de prendre la parole aujourd’hui?

« J’ai eu envie de dire à toutes les mamans que cela pouvait arriver , pour elles , leurs meilleures amies , leurs copines qu’elles ne verront peut être pas bien un jour , ou alors elles ne s’en rendront peut être même pas compte.
Moi je l’ai caché pendant quasi 1 an.
Ce n’est pas parce que vous traversez cela que vous êtes de mauvaises mères , de mauvaises femmes , de mauvaises personnes …
Au contraire , vous êtes beaucoup trop belle et entière pour laisser passer cela c’est pourquoi vous vous posez autant de questions. »

13) Conseils aux mamans

« Si vous trouvez que votre humeur change , que cela ne va pas , que des situations inconfortables reviennent trop souvent , n’hésitez pas même si je sais que ce n’est pas facile à en parler à la personne qui vous attirera le plus pour cela.
Amie , Médecin , Médecine alternative ou même moi si vous le souhaitez , sans jugement et sans filtre c’est la clé de la sortie. »

Un très grand merci pour ce témoignage si poignant et si sincère !

J’espère que cet article sensibilisera un maximum de futurs parents sur ce sujet ! 

Vous pouvez contacter Amélie via son compte Instagram : https://www.instagram.com/amely_sberg_/