Bonjour! Alors, l’expression anténatale du colostrum, donc l’expression du colostrum pendant la grossesse n’est pas une pratique qui est très répandue en France. C’est une pratique… si vous en discutez avec votre sage-femme ou votre médecin, ils risquent de vous regarder avec des grands yeux. Mais ça peut être très très utile et on va voir pourquoi.

Alors, d’abord qu’est-ce que le colostrum?

Le colostrum, c’est le premier lait, c’est à dire que c’est le lait que vous fabriquez pendant la grossesse. Ce n’est pas un lait comme du lait… que vous… enfin, comme du lait une fois que la lactation est bien établie. C’est un lait qui est très très très très riche, donc il n’y en a pas beaucoup, mais c’est comme un shot de vitamines, d’anticorps. C’est extrêmement concentré en sucre, extrêmement concentré en gras. Ça a une couleur d’ailleurs… ce n’est pas blanc, ça a une couleur un petit peu jaune, très épais. Et quand ça sèche, ça cristallise un peu comme du caramel. Tellement, c’est riche. C’est ce qu’on appelle, moi c’est ce que j’appelle « le nectar » quoi.

Et d’ailleurs, il y a certaines femmes qui ne souhaitent pas allaiter, mais qui souhaitent au moins donner le colostrum à leurs bébés, parce qu’on sait que ça a énormément de bénéfices sur le développement cérébrale, sur le shot d’énergie que ça donne à la naissance etc etc et surtout le système immunitaire, c’est concentré en anticorps, et du coup ça protège votre bébé contre d’éventuelles infections.

Alors, ce colostrum, il est déjà présent en cours de grossesse. Vous commencez à le produire à partir du quatrième mois, donc à partir de 16 semaines d’aménorrhées, donc du quatrième mois jusqu’au neuvième mois, il a le temps de bien se préparer. Et en effet, dans la mesure où il est déjà prêt, on peut d’ores et déjà l’extraire. Alors, vous allez me dire, « bah pourquoi l’extraire? Ça sert à quoi? » Alors, c’est une bonne question. Il y a plusieurs avantages à faire ça.

Le premier avantage, c’est de préparer les seins à la lactation. Alors, il n’y a pas d’étude encore qui est réalisée dessus, mais beaucoup de sages-femmes ont noté que la lactation arrivait beaucoup plus tôt, si les femmes avaient d’ores et déjà préparé le sein, et si elles avaient d’ores et déjà exprimé le colostrum. Ça permet aux femmes d’être plus à l’aise avec leurs seins également. Et c’est vrai que la poitrine, c’est quelque chose, avant d’être mère, c’est plutôt quelque chose de sexuelle, et là du coup, ça leur montre aussi, ça leur permet d’être plus à l’aise sur le côté maternel du sein.

Et ça permet également, dans certaines circonstances, de prévenir la supplémentation du bébé avec du lait en poudre. Par exemple, si jamais vous avez un diabète de grossesse, si jamais le bébé est estimé gros, ou si le bébé est estimé petit. Il y a des chances pour que l’allaitement ne soit pas suffisant, et que du coup on soit obligé de complémenter avec du lait en poudre. Donc, si vous avez un réel projet d’allaitement et que vous souhaitez ne pas donner du lait en poudre à votre bébé, dans ce cas-là, vous pouvez d’ores et déjà extraire le colostrum pendant la grossesse de manière à supplémenter votre bébé avec le colostrum que vous avez précédemment extrait, plutôt que de le supplémenter avec du lait en poudre.

Ça peut également être un avantage pour les bébés dont la famille présente des antécédents d’allergie aux protéines de lait de vache ou d’intolérance aux protéines de lait de vache. Dans ce cas-là, si vous savez que dans votre entourage, il y a des allergies, il n’y aura pas de problème avec votre lait. Et si jamais l’enfant doit être supplémenté, dans ce cas-là, c’est mieux de le supplémenter avec votre propre lait, dans la mesure où il y a moins de risques d’allergie.

Ça peut permettre également à certaines femmes qui ont eu par exemple une chirurgie du sein, de pouvoir également avoir un apport de lait au cas où si jamais l’enfant a besoin d’être supplémenté. Et ça permet également de préparer le sein de façon à optimiser la production de lait.

Si jamais vous avez un projet d’allaitement qui est important, que pour vous l’allaitement c’est vraiment quelque chose d’extrêmement important que vous avez un réel projet d’allaitement, je vous conseille fortement d’extraire votre colostrum parce que ça va aider et ça va dans le sens d’un projet d’allaitement.

Ce qui peut aussi aider, et là vraiment, je trouve que ça a tout son intérêt, c’est que les premiers jours, votre bébé va être complètement complètement endormi. Et vous allez avoir probablement des difficultés à le mettre aux seins parce qu’il va beaucoup beaucoup dormir, sauf que votre bébé a quand même besoin d’énergie.
Et du coup si le bébé est trop faible pour téter parce qu’il est trop fatigué, vous pouvez du coup donner du lait que vous avez extrait pendant la grossesse, et du coup ça apporte… tout apportant la stimulation aux seins, et du coup ça apporte l’énergie dont votre bébé a besoin. Et généralement quand on les supplémente une fois avec un peu de colostrum, la tétée d’après, ils sont complètement reboostés, plein d’énergie, et du coup les autres tétées se passent mieux.

Beaucoup de mes patientes également qui ont extrait leurs colostrums m’ont dit que, plus tard, une fois que le bébé est plus grand, dans la mesure où on peut stocker le colostrum pendant cinq mois au congélateur, si jamais l’enfant est malade ou qu’il a une petite bronchite ou un petit rhume, elles donnent un petit shot de colostrum et ça aide l’enfant à retrouver un petit booster pour guérir beaucoup plus rapidement.

Et dernier avantage, pareil, ce n’est pas forcément encore médicalement prouvé, parce qu’il y a très peu de recherches à propos de ça, c’est que ça prépare votre col. Le fait de stimuler les seins, ça va vous faire libérer une hormone qui s’appelle « l’ocytocine ». Et du coup ça va vous donner quelques petites contractions qui vont permettre au col d’ores et déjà de se ramollir, de se préparer pour le travail. Et encore une fois, il n’y a malheureusement pas encore d’études dessus, mais d’expériences personnelles, en tant que sage-femme, et je ne suis pas la seule à le dire, le travail est généralement beaucoup plus rapide si jamais vous avez extrait votre colostrum. Alors, ce n’est pas garanti à 100%, mais en tous les cas, ça ne peut pas faire de mal, et certaines sages-femmes dont moi ont vu la différence.

Alors, attention, tout le monde ne peut pas extraire le colostrum. Ça se fait de façon… il faut que ça se fasse de façon sure, ça peut en effet provoquer des contractions. Donc, à partir du moment où ça peut provoquer des contractions, ça peut provoquer un accouchement, donc attention. Et il faut le faire à partir de 37 semaines et pas avant. Si jamais vous avez des jumeaux, ou si jamais vous attendez un bébé en siège, on ne recommande pas également l’expression du colostrum.

Si jamais vous avez eu un antécédent de césarienne, dans ce cas-là, il y a une cicatrice sur l’utérus, il n’est absolument pas question de donner des contractions supplémentaires à votre utérus, pour éviter le risque de rupture utérine. Donc, si vous avez un antécédent de césarienne, on n’extrait pas le colostrum non plus.
Si jamais le placenta est bas inséré, de toute évidence, on n’extrait pas le colostrum non plus, ça peut donner des contractions, et ça peut faire saigner le placenta. Quoi qu’il en soit, avant de commencer, demandez toujours l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin même s’ils ne sont pas informés sur la méthode et s’ils vous regardent avec de gros yeux,  du genre: « pourquoi est-ce que vous voulez faire ça? » Demandez-leur s’il y aurait une éventuelle contre-indication à ce que vous ayez des petites contractions pour préparer, voilà. Donc, n’hésitez pas à demander leur avis.

Donc, disons que vous rentrez dans le cadre des non contre-indications, que vous souhaitez exprimer le colostrum parce que vous pensez que ça peut vous aider, voilà la procédure à suivre.
Alors, la première chose à faire, c’est d’abord de se laver les mains. Il faut en effet que les conditions d’hygiène soient bien respectées.

Une fois que les mains sont bien lavées, ce qu’il faut ensuite faire, c’est appliquer du chaud sur le sein. Donc, vous entourez le sein avec un lange chaud, ça peut être une serviette que vous trempez dans le chaud, ça peut être, vous savez ce gel un petit peu bleu que l’on peut réchauffer, que vous appliquez sur le sein. Vous laissez la compresse chaude pendant à peu près deux à trois minutes.

Et une fois que le sein est bien chaud, il va falloir procéder à un massage du sein de façon à activer le réflexe d’éjection. Alors, j’ai ramené un faux sein, je ne vais pas vous montrer sur les miens hein, voilà donc. Voici un sein. Donc, on reconnait toutes les parties du sein, l’aréole, le mamelon… voilà, et l’ensemble du sein. Donc, typiquement, comment masser le sein? En fait, il s’agit d’appliquer une pression symétrique de part et d’autre du sein, et de commencer avec un petit massage, voilà… comme ceci, et ne pas hésiter à faire toutes les parties du sein. Alors, si vous avez des difficultés à utiliser vos mains, vous pouvez également utiliser les poings, et voilà, et masser le sein de cette façon. Vous massez pendant à peu près deux à trois minutes, encore une fois, d’accord. Et ensuite, vous activez le réflexe d’éjection en faisant des petits tapotements comme ça, du bout des doigts. Donc, vous faites ça pendant à peu près deux-trois minutes. Et vous pouvez alterner les mouvements, voilà comme ceci, hop… voilà, et ensuite, ré-alterner avec des compresses de serviette chaude.

Une fois que le sein est massé et qu’il est chaud, vous avez bien ouvert les canaux, vous les avez bien activés, on va maintenant exprimer manuellement le colostrum. Alors pour cela, c’est un petit peu comme le bébé hein, si le bébé ne prend que le bout de cette façon, ça ne va pas fonctionner, d’accord. Il faut que le bébé prenne tout, pas que le bout mais également l’aréole. Donc, pour extraire c’est pareil. Si vous vous mettez comme ça et que vous faites comme ça, ça ne va pas fonctionner. Il faut mettre les doigts loin, d’accord, donc, à distance de l’aréole.

Et une fois… en forme de C ou en forme de U, en fonction des canaux que vous voulez vider, une fois que les doigts sont bien placés, vous allez faire une contre-pression contre la cage thoracique, hop comme ça. Et ensuite vous allez ramener les doigts comme ceci. Il ne s’agit pas de pincer le mamelon comme ça, d’accord. Il s’agit juste de garder les doigts à l’endroit où ils sont, d’exercer une contre-pression, et de ramener les doigts, voilà, et on les roule sur la fin, d’accord. Et on continue ce mouvement comme ceci.

Alors, au début, rien ne va sortir peut-être, la première fois que vous le faites, et à force de le faire, ça devrait pouvoir s’extraire. Vous pouvez également le faire dans l’autre sens, hop… voilà. Le mouvement, c’est vraiment contre-pression, et hop, on ramène les doigts l’un vers l’autre, d’accord. Et on peut les rouler un petit peu, voilà. Il ne s’agit pas, encore une fois, de squeezer comme ça le mamelon. Là, ça va vous faire mal et ce ne sera pas productif.

Alors, comment du coup récolter le colostrum?
D’une main vous exprimez, et de l’autre, soit vous avez une petite cuillère et vous récoltez le colostrum, soit vous avez une petite seringue. Donc, vous pouvez récolter le colostrum soit avec une petite cuillère que vous placez en dessous, voilà comme ceci, soit avec une seringue, alors ça nécessite une certaine dextérité avec la seringue. Donc, vous attrapez la seringue comme ceci, et puis hop, dès qu’une goutte tombe, hop voilà, vous aspirez la petite goutte de colostrum. Donc, typiquement, vous êtes placé comme ceci, vous faites la contre-pression, vous ramenez les doigts, et dès que la petite goutte tombe, hop, vous l’aspirez avec la seringue.
Donc, vous pouvez exprimer votre colostrum une, deux ou trois fois par jour, pas plus de trois fois par jour, à partir de 37 semaines s’il n’y a pas de contre-indication. Vous pouvez utiliser la même seringue pour la même journée, à partir du moment où vous la mettez dans le réfrigérateur entre chaque expression. Une fois que la journée est terminée, vous prenez la petite seringue, vous la mettez dans un sac de congélation zippé, vous mettez la date, donc le jour de l’expression, et vous mettez ça au congélateur. Ça peut se garder entre trois et cinq mois au congélateur en fonction de l’intensité de la congélation, et… voilà donc. Vous les gardez… vous accumulez les seringues au fur et à mesure de votre grossesse. Et le jour où vous êtes à la maternité, vous pouvez tout simplement ramener ces seringues congelées dans une petite glacière, et les mettre au congélateur à la maternité, et les utiliser au besoin.

Voilà, j’espère que ça va aider certaines d’entre vous qui ont un projet d’allaitement un peu poussé. En tous les cas, moi, sachez que je le recommande à beaucoup de mes patientes et que réellement, j’en ai vu la différence. Donc, à vos seringues, à vos mains, et à bientôt !